Voyages dans l’espace médiatique. Médias globaux et contrôles nationaux : repenser le rôle de l’État (2001)

Monroe E. Price

Conférencier : Monroe E. Price

Quels pouvoirs possèdent les États pour contrôler les images qui, de partout, envahissent leur territoire ? Alors qu’il semble que la liberté de recevoir et d’émettre des idées fait fi de toutes barrières, il serait naïf de croire que l’information se balade réellement sans la moindre restriction. Un renouvellement du pouvoir de l’État et des changements aux modes d’autorité sont certes plus envisageables qu’une dissociation pure et simple de l’État. À une panoplie d’efforts pour trouver diverses nouvelles techniques de régulation du marché du discours, s’accompagne le retranchement d’attributs d’une autonomie étatique passée. Plusieurs éléments sont présents dans cette redéfinition du rôle de l’État. Leur élaboration forme en effet les grandes lignes de mon discours. Particulièrement, le changement de cap d’un contrôle étatique très introvertis vers des approches d’ouvertures régionales et multilatérales, ainsi que la distanciation d’un système législatif de régulation vers un système basé davantage sur la régulation et l’entente. Même si l’influence d’un État sur les médias d’un autre n’est pas un phénomène récent, les interactions par l’entremise d’ententes et de traités qui portent sur la circulation d’information, d’idées et de données, s’intensifient grandement.

La mondialisation des médias semble souvent être le reflet des activités par lesquelles les grands conglomérats produisent et forgent la conscience mondiale. Cependant, le marché mondial ne se limite pas uniquement à un terrain d’échange de films et d’émissions télévisées. C’est également un lieu interdépendant pour le développement et l’application formels ou informels de règles à la base d’un discours commun; l’espace dans lequel les idéologies s’affrontent et forgent les allégeances qui déterminent la persistance des gouvernements et des nations elles-mêmes; une arène où les images créées sont substitutives à la force. Depuis toujours, les détenteurs du pouvoir font pression pour influencer la formulation des politiques et l’opinion publique à l’étranger, de la même façon que les gouvernements, par la propagande, tentent d’influencer les populations, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de leurs frontières. Malgré l’importance encore marquée d’outils plus traditionnels comme la radio internationale (tout spécialement dans ces sociétés où les nouvelles technologies ne sont pas autant développées et où le pouvoir continue à communiquer avec la population par des moyens bien connus et documentés), ce processus est désormais devenu globalement et technologiquement plus raffiné.

Dans cet environnement d’interdépendance, les États ne possèdent plus l’unique pouvoir de décider par eux-mêmes de l’évolution des technologies d’information et des discours soutenus dans leur propre territoire. L’infrastructure mondiale dépend essentiellement de l’évolution de systèmes locaux. Les décisions concernant l’espace médiatique d’un État ont des ramifications au-delà de ses propres frontières en ce qui concerne les échanges et la sécurité globale. L’attention internationale s’intensifie alors que les gouvernements deviennent obsédés par le pouvoir de l’information. En temps de paix, ils s’y intéressent pour ses qualités de domination et de création de richesse et, en temps de guerre, comme une arme de contrôle efficace. Ainsi, même si les États conservent leur indépendance culturelle par des lois spécifiques, l’importance des décisions qu’ils prennent est, de plus en plus, influencée par diverses pressions et obligations internationales.

La relation entre l’État et les images, les messages et l’information qui circulent à l’intérieur de ses frontières est soumise à un recadrage mondial. Les gouvernements nationaux, les organisations non-gouvernementales, les corporations multinationales, les organisations humanitaires et les individus sont tous et toutes impliqués dans ce processus. Les systèmes de communication sont victimes d’une reconstruction massive. Pensons qu’il y a 30 ans, l’arrivée du câble provoquait déjà des transformations et, il y a 20 ans, les satellites de communication en faisait de même. Puis, dans les derniers 10 ans, l’Internet et la convergence des nouvelles technologies ont provoqué une restructuration complète. Les acteurs et les observateurs de cette vigoureuse expérience sont à la recherche d’un langage de changement et d’une série de lois et d’institutions capables de fournir de la légitimité, du pouvoir et la chance de profiter d’avantages technologiques. Il y a un profond besoin d’étudier ce processus de recadrage de points de vue différents et de produire une base de connaissance solide pour bien en comprendre les origines, les mécanismes et les possibilités futures. Une compréhension détaillée et juste des implications vers un changement culturel et politique, le déroulement des débats humanitaires, et le changement dans la forme et le fonctionnement des gouvernements n’est possible qu’à partir d’une bonne maîtrise des changements massifs qui ont lieu.

À travers cette conférence, je développerai une approche systématique des enjeux concernant la réglementation des médias dans un monde de technologies et d’idéologies en changement et d’ententes corporatives modifiées. Puis, je décrirai les différents degrés de réorientation des médias globaux et de la panoplie de changements qui surgissent de l’interaction entre des transformations géopolitiques, idéologiques et technologiques. Pour ce faire, je mets de l’avant différentes analyses théoriques qui pourraient expliquer les changements dans les stratégies étatiques. Je me tourne vers des modèles qui restructurent ce travail global de recadrage, comme l’utilisation de métaphores, de thèmes et d’influences spécifiques, tout spécialement la privatisation, l’autorégulation et les contrôles de contenus offensants. J’explore les efforts pour découvrir de nouvelles catégories qui définissent la relation entre l’État et ses médias, face à la persistance d’anciens moyens d’analyse et de description. Je travaille avec le langage du changement, l’aménagement extérieur dans lequel les acteurs étatiques et non-étatiques articulent et reformulent les doctrines. Ceci en respectant une grande variété de contextes soulignant l’intégration de technologies d’information. Finalement, je tente d’unir les éléments d’une politique étrangère plus ou moins cohérente sur la mondialisation des médias. Je joins ces différentes actions et influences ensemble en redéfinissant et recatégorisant les réactions nationales face aux nouvelles technologies de l’information. Le but est de séparer les facteurs explicatifs, et ainsi, d’en percevoir les interconnexions.